L'aquaculture D'esturgeon

Un historique

L'élevage d'esturgeon a commencé il y a plus de 100 ans avec des écloseries pour soutenir la population sauvage. Des tentatives d'aquaculture ont eu lieu entre 1880 et 1920 en Europe et en Amérique du Nord, mais sans grand succès. L'Union Soviétique est la seule à avoir réussi l'élevage d'esturgeon, avec l'ouverture d'écloseries vers 1930. La première ponte d'esturgeon d'élevage en dehors de l'Union Soviétique a été obtenue en 1979 à l'Université de Californie à Davis.

L'exploitation des élevages d'esturgeon revient cher, notamment parce que les femelles requièrent au moins huit ans pour atteindre l'age de reproduction. Les aquaculteurs ont mis au poins des techniques de "césariennes" sur les femelles, afin de réduire les coûts, qui permettent d'extraire le caviar sans tuer le poisson. Un producteur a réussi à pratiquer jusqu'à cinq opérations sur un seul poisson.

Au cours des 10 dernières années, l'élevage d'esturgeon a rencontré un succès notable aux états-Unis et en Europe. La quantité d'esturgeons produits par l'aquaculture, près de 1000 tonnes en 2002, dépasse maintenant la quantité d'esturgeons sauvages pêchés. 5 Une industrie du caviar d'élevage établie sur des critères de développement durable a vu le jour en France et dans d'autres pays d'Europe ainsi qu'aux états-Unis. Le caviar d'Aquitaine provient d'esturgeons de Sibérie dont les premiers furent importés il y a plus de 20 ans. Ce caviar de haute qualité est aujourd'hui moins cher et plus fiable que les caviars de la Caspienne. Cette année, la France produira 18 tonnes de caviar d'élevage, soit plus du double des exportations maximales autorisées de caviar béluga.

Ce succès soulage peut-être la pression sur les populations sauvages, mais peut, comme pour toutes les formes d'aquaculture, présenter certains risques. Voici une vue d'ensemble des principaux problèmes et solutions écologiques liés à l'aquaculture d'esturgeon selon le SeaWeb Aquaculture Center.

Nourriture: Certaine formes d'aquaculture, dont l'élevage de poissons carnivores comme l'esturgeon, dépendent des pêcheries sauvages pour l'alimentation. C'est pourquoi ils peuvent être consommateurs net, c'est-à-dire qu'ils ont besoin de plus de poisson comme nourriture qu'ils n'en produisent finalement. L'esturgeon a besoin d'un régime riche en protéines et en énergie, et les aquaculteurs utilisent donc des aliments tout prêts du commerce, qui contiennent beaucoup de farine de poisson pour les protéines et d'huiles de poisson pour les matières grasses.

Les aliments utilisés en aquaculture évoluent rapidement, et il est possible de substituer certaines proteines végétales aux protéines animales, ce qui réduit le besoin de pêcher des poissons sauvages pour l'alimentation. La recherche avance et il est probable que la dépendance des esturgeons d'élevage en ingrédients produits par les pêcheries sauvages ira en diminuant. SeaWeb recommande que les gouvernements, les instituts scientifiques et les éleveurs d'esturgeons collaborent pour reduire l'utilisation de poissons sauvages dont les stocks sont souvent déjà fortement diminués pour la nourriture des esturgeons d'élevage.

Évasions: l'aquaculture en général est responsable de l'introduction de beaucoup de races de poissons ou de crustacés et mollusques dans des environnements étrangers. Cette introduction pose deux problèmes :

La génétique: les poisons d'élevage qui s'échappent des installations d'aquaculture, notamment le saumon, se croisent avec les poissons sauvages, ce qui diminue la diversité génétique des populations sauvages.

La compétition: les poissons d'élevage qui s'échappe dans la nature peuvent avoir un effet négatif sur les populations sauvage locales en entrant en compétition avec elles pour la nourriture, l'habitat et la reproduction.

En général, les systèmes d'aquaculture terrestre, comme ceux qui sont utilisés en France et aux états-Unis pour l'élevage des esturgeons, sont moins sujets aux évasions que ceux qui se situent dans les eaux côtières. Des évasions se sont cependant produites, comme en 1999, lors de la tempête qui a touché un élevage d'esturgeon en France. Pour réduire le nombre d'évasions et leur impact, les élevages peuvent changer leurs pratiques, marquer leurs poissons et améliorer les systèmes de confinement.